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Valérie
44 ans à l'annonce de son cancer

     

Août 2012, la saison d'été touche à sa fin. Je me sens fatiguée - moralement, physiquement, mentalement. Je mets cela sur le compte de la saison, je travaille en parfumerie en Andorre, au Pas-de-la-Case, et même la perte de poids ne m'alerte pas, je pense que c'est le travail.

Mon compagnon et père de ma fille de 5 ans ne m'aide pas, je le supplie de m'aider, sentant mes forces m'abandonner. Pour toute réponse, il me quitte.
Il faut dire qu'il a un certain goût pour l'alcool et les paradis artificiels, ce qui n'arrange pas les choses entre nous.

Tant pis, je pleure pendant 2 jours, puis me reprend, décide de faire face, et là, un soir, en regardant la télé, je met ma main derrière ma tête et passe l'autre main sur mon aisselle. Je sens une petite boule dure. Je suis sûre qu'elle n'y était pas 2 mois plus tôt, car je palpe mes seins régulièrement.


Le lendemain, je file chez mon généraliste qui m'envoie passer une mamo 2 jours plus tard. Je sais dejà que c'est un cancer, mais j'espère encore. Ils me font, dans la foulée, une échographie. Ils tentent de me rassurer en évoquant un kyste, je ne les crois pas, je pleure sans pouvoir me contrôler. Ils me suggèrent alors de revenir 2 jours plus tard pour faire une biopsie, ce que je fais.

4 jours plus tard, je me rends chez mon médecin pour un certificat scolaire. Il me demande de laisser ma fille à l'accueil. Je refuse, il n'y a personne pour la surveiller. Je lui parle de ce certificat, sans penser aux résultats de la biopsie, car on m'avait dit que ça prendrait 10 jours, et là, je le vois gêné, il regarde ma fille, et me parle à voix basse : "Valérie, j'ai reçu tes resultats, ils ne sont pas bons, tu dois voir ta gynéco dès demain." Je le coupe : "C'est un cancer ?" "OUI..." Trou noir, je pleure, ma fille ne comprend pas, moi non plus, mon fils doit nous rejoindre, que vais je lui dire ?

Je sors de là et je sens une colère immense grandir en moi. Mon fils arrive, je lui demande de garder sa sœur 5 minutes dehors. Je fonce dans le magasin où travaille le père de ma fille, et là, je le gifle avec toute la rage que j'ai en moi d'avoir été abandonnée au moment où j'avais le plus besoin d'aide. Je lui dis la raison de ma fatigue : "tu me croyais dépressive, et bien voilà, j'ai le cancer du sein, pendant que toi tu fais la fête, moi je meurs."

4 jours plus tard, il reviendra s'installer chez moi, sur les conseils de ma gynéco qui m'assure que je ne pourrais pas assumer mes enfants à cause des traitements. Je vais chercher les résultats : cancer canalaire invasif, grade 3.


Des nuits entières sur internet à essayer de comprendre de quoi il s'agit, et, surtout, à vouloir se rassurer. En Andorre, la cancérologie est très en retard, je dois donc aller sur Toulouse me faire opérer, à l'institut Claudius Regaud. Tout va très vite, l'annonce du cancer le 11 septembre - ce sera mon 11 septembre à moi, l'opération le 27 septembre, 3 jours après mes 44 ans.

Puis je reviens 4 semaines plus tard pour faire le scanner et les marquages au sein, en vue des rayons. Pendant que je suis dans le scanner, on me vole mon sac dans le vestiaire ! Plus de papiers, plus rien. Le choc de trop !!


S'en suivront 5 semaines à devoir m'expatrier loin de mes enfants, dans une chambre sordide, et, en plus, à devoir batailler avec la juriste de l'hôpital pour que leur assurance me rembourse. L'hôpital est en tort. Il y avait une 3ème porte non fermée à clef - ce que j'ignorais. Les voleurs sont passés par là. Mais non, le responsable de la radiologie nie tout en bloc, me rejette la faute dessus, ment et finit par glisser que je ne suis pas dans mon éat normal : j'ai un cancer, cela m'affecte ! Evidemment que ça m'affecte, mais c'est surtout son inhumanité qui en est la cause.

Je termine les séances un peu brûlée, mais surtout traumatisée. Là bas, je comprends que je ne suis pas la seule, et, surtout, que cette maladie touche des bébés, que je vois faire des chimios, de jeunes enfants, des gens de tous bords, de tous horizons, et je ressens toute la tristesse de ces gens. C'est terrible.


Sortie le 19 décembre, ouf je passerais Noël en famille.

3 jours plus tard, je me réveille coincée, comme un grand torticolis. Je fais déjà de la rééducation pour la cicatrice et la mobilité de mon bras, mais là, c'est l'autre qui me fait mal. Verdict : j'ai trop forçé pour compenser, tendinite de l'épaule, risque de rupture des ligaments. Pas de bras, pas de chocolat dis-je ! 3 mois de rééduc en plus !

J'ai repris le travail à ma demande, pas simple, mais obligatoire pour ne pas ruminer seule à la maison, mon premier contrôle est correct, mais le trauma est bien présent, et surtout la peur de récidiver et de mourrir me taraude...

La femme que je suis maintenant n'est plus la même - fragile, émotive... le tamoxifene y est aussi pour quelque chose, mais je suis heureuse d'être encore en vie, pour voir grandir mes enfants !!

     

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